Une autre réalisation d’Emile Brunet : L’église Saint-Léon, place du Cardinal-Amette à Paris (15ème)

 

 

Le projet de l’église Saint-Léon est antérieur à celui du Lycée Marie-Curie, mais son achèvement est plus tardif. De fréquentes ressemblances architecturales et décoratives avec notre lycée font de cette église une étonnante « grande sœur », en version religieuse. Il est vrai que l’équipe de créateurs, autour de l’architecte, est la même…

 

L’église paroissiale Saint-Léon illustre le renouveau de l’architecture religieuse française après la séparation de l’Église et de l’État en 1905. Elle a été édifiée pour répondre au développement urbanistique et démographique du quartier. Un concours fut lancé en 1913 pour la construction, et les dix projets sélectionnés faisaient tous appel au béton armé et au ciment, matériaux les plus économiques d’alors.

 

Émile Brunet (1872-1952), formé à l’école de Viollet-le-Duc, architecte des monuments historiques, maitrisait bien les questions techniques et en particulier l’usage du béton. Il propose d’abord une église à « tour-porche » en façade (projet de 1914). Après la guerre, en 1924, quand le chantier reprend, il choisit un clocher unique dont la silhouette elliptique est d’influence d’Europe du Nord. Quant à la coupole plate à huit pans, élevée sur le chœur, elle rappelle les églises de la première chrétienté. Grace au béton, la nef, d’une largeur de 16 mètres, peut se développer harmonieusement et l’église présente le double avantage d’utiliser toute la parcelle disponible et de constituer une salle d’assemblée où le sanctuaire est très visible car les points d’appui sont rares et peu volumineux.

 

La construction de cette église fut très longue : 10 ans pour les projets (1914-1924) et 10 ans pour la réalisation du gros œuvre (1924-1934) .

 

Les dix ensembles de trois vitraux furent réalisés par Louis Barillet (1880-1948), moderne et éminent maitre-verrier de l’époque, très inspiré par le cubisme. Ils constituent l’un des plus beaux ensembles de vitraux modernes de la capitale. Leur mise en place dura une quinzaine d’années. Ils représentent les sacrements et les instruments de la Passion. Les vitraux de la Chapelle de la Vierge sont également de Barillet. Les dix vitraux des fenêtres hautes de la nef qui évoquent les grands saints de l’Eglise de France sont de l’atelier d’art sacré d’Auguste Labouret (1871-1964).

 

Les mosaïques de la chapelle de la Vierge, et celles au-dessus du chœur furent réalisées entre 1941 et 1943 par Labouret. Ces représentations illustrent un tournant important dans l’art sacré où l’édifice se dote de grandes décorations murales narratives et pédagogiques comme seules en possédaient jusqu’alors les grandes basiliques de pèlerinage. En outre, le choix de la mosaïque avait un intérêt pratique, celui de l’inaltérabilité aux infiltrations d’humidité, toujours menaçantes dans les édifices en béton.

 

Émile Brunet, après avoir conduit les travaux de gros œuvre, se consacra à la décoration murale et au mobilier de 1933 à 1944.

Le métal est très présent dans l’église : les tribunes à l’entrée du chœur sont une œuvre du ferronnier d’art renommé Raymond Subes (1891-1970), de même que les barrières de la chapelle de la Vierge.

 

Source : Françoise Hamon, L’église Saint-Léon, sa construction et ses aménagements, Le Lien, n° hors-série de mars 2000

 

Photos: Catherine Donnefort